En Syrie, le crime de guerre est devenu la norme

Editorial du « Monde ». Il y a un vaincu à Alep : la population ­civile. Depuis une semaine, les 275 000 habitants de la partie est de la deuxième ville de Syrie vivent sous un déluge de feu. Ce n’est pas une figure de rhétorique. Heure après heure, ils se terrent dans les ruines, fuyant missiles, roquettes, obus, bombes à fragmentation, barils de gaz toxiques et autres projectiles que déversent sur eux l’aviation du régime appuyée par ses supplétifs iraniens, irakiens et afghans. Le crime de guerre est devenu la norme – à peu près tolérée par tout le monde, hors quelques belles âmes droit-de-l’hommistes.

L’offensive du régime de Damas vise à venir à bout des quartiers de la deuxième ville de Syrie encore aux mains de quelque 8 000 rebelles. Ceux-ci sont répartis entre différents groupes dont au moins un ­appartient à la mouvance djihadiste. Pour le président Bachar Al-Assad, la chute d’Alep, ville qui lui échappe en partie depuis l’été 2012, serait une remarquable victoire, militaire et politique. Elle marquerait la fin du dernier grand bastion urbain encore tenu par la myriade de groupes, souvent divisés entre eux, qui forment l’opposition armée au régime. Elle placerait l’essentiel du « pays utile » et plus des deux tiers de la population sous le contrôle de Bachar Al-Assad et de ses soutiens étrangers. Elle serait un tournant sans doute ­décisif dans cette guerre de cinq ans.
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